Le magasin des suicides

La famille Tuvache tient Le Magasin des Suicides, un commerce où leurs clients leur demandent de les fournir en poisons, cordes, parpaings ou baisers de la mort. Les membres de cette famille sont à l’image de leur échoppe, c’est à dire qu’ils disent « Adieu » aux acheteurs, que les enfants portent des prénoms de suicidés célèbres, qu’ils n’écoutent ou regardent seulement les informations les plus déprimantes et que, finalement, aucun mot positif en lien avec le bonheur ou l’avenir ne sort de leur bouche. C’est sans compter sur Alan, le petit dernier issu du test d’un préservatif percé, pour faire « honte » à cette équipe de découragés. Cependant, réel messie, Alan va, un peu plus chaque jour, chanter qu’il « en faut peu pour être heureux », dire à sa sœur combien elle est belle, à sa mère qu’elle cuisine bien et ainsi inséminer en eux une dose de bien-être et d’envie. Leur sauvetage est en train d’avoir lieu et la vie va s’avérer de moins en moins désolante.

Au moment où le lecteur découvre le monde des Tuvache, il a le temps de profiter de leur mode de vie et de s’en amuser avant de le voir s’effriter petit à petit pour laisser place à une toute autre ambiance. Au départ, il ne s’agit pas d’être complètement déconcerté comme cela peut être attendu mais plutôt très curieux. Pourquoi se tuer est-il devenu aussi facile et « loisible » que d’aller chercher son pain ? Pourquoi une société aurait-elle vu une telle boutique se monter, perdurer dans le temps ? Bien sur, quelques allusions au XXIème siècle montre que ce temps est ici révolu. C’est un sujet grave dont parle l’auteur ici. Certains appelleront cela de l’humour noir, d’autres s’attarderont sur l’incroyable et parfois dérangeant naturel qui transpire de cet univers où la joie de vivre n’est plus. Certes, des répliques, des réflexions font rire ou sourire mais le tout fait surtout peur et réfléchir. Il fallait la liberté et l’aplomb de Jean Teulé pour écrire cette fable très stimulante pour l’imagination grâce à laquelle il s’est fait sûrement grand plaisir. Il fallait ses mots francs et lourds de conséquences pour décider de prendre du recul, pour entendre cette vie qui hurle encore et encore qu’elle est là et qu’elle attend. Cet ouvrage rappelle également que tout le monde a un ange, un porteur, un être adoré ou quelqu’un à protéger dans la vie. Cette dernière ainsi que le désir de vivre, c’est aussi tout ce qui unit les gens les uns aux autres. C’est beau.

Le magasin des suicides

Présentation de l’éditeur :
Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort ! Imaginez un magasin où l’on vend depuis dix générations tous les ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l’humeur sombre jusqu’au jour abominable où surgit un adversaire impitoyable : la joie de vivre…

Du même auteur :

Le Montespan Le Montespan, la BD Héloïse, ouille! Charly 9


3 réflexions sur “Le magasin des suicides

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