Amélie Nothomb·Romans français

Hygiène de l’assassin

Prétextat Tach, 83 ans, prix Nobel de littérature, vivant reclus et seul depuis des années, est atteint d’une maladie des cartilages et va mourir dans deux mois. L’annonce de sa condamnation pousse des journalistes à se rendre chez lui pour récolter quelques confessions. Les premiers ressortent de leur entretien malades. Physiquement, Prétextat Tach est pâle, imberbe, laid et d’une obésité morbide. Spirituellement, le célèbre auteur est méprisant envers tout et tout le monde. Une seule personne réussit à lui tenir tête, c’est une femme, elle s’appelle Nina, elle a lu l’intégralité des œuvres de Prétextat Trach et a compris un élément clé de son histoire.

Hygiène de l’assassin a été publié pour la première fois en 1992. Il s’agit, du moins officiellement, du premier roman d’Amélie Nothomb. Sa grande particularité est de n’être constitué que de dialogues à quelques passages près. Il contient donc d’infimes indices seulement pour guider le lecteur vers les personnages. C’est son imagination à lui et seulement elle qui définit les attitudes, les réactions, les postures, le ton des voix. Que de travail ! Mais les joutes verbales sont telles que se projeter les scènes comme si des acteurs se tenaient dans la même pièce que le livre est d’une aisance folle. Et c’est évidemment grandiose. Ces combats de mots et d’idées, et certaines scènes sont avant tout drôles. Saugrenus au possible, les propos de Prétextat Tach s’allient à son physique pour créer un protagoniste uniquement possible dans la fiction et donc absolument divertissant. À travers sa situation présente de mourant, son travail d’écrivain et son passé mystérieux, l’auteur parle de beaucoup de choses. De l’écriture, évidemment, d’amour et d’innocence, des journalistes et de leur place dans la société, de la société en elle-même et de la place des femmes dans celle-ci, de la conception du bonheur, de la célébrité et du moment où il faut s’intéresser à un être humain, ou encore des à priori qu’il est possible d’avoir sur les gens. Le monde et les hommes ne changeront pas. Mais il est possible d’utiliser leur beauté et surtout leurs failles et leurs travers jusqu’à l’absurde pour écrire quelque chose de fin, de sarcastique, de percutant et de comique aussi tout en mettant parfois mal à l’aise. L’esprit, la verve, la technique et le charme nothombiens posent ici les premières pierres de leur édifice. Elles sont solides à souhait.

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Présentation de l’éditeur :
Prétextat Tach
, prix Nobel de littérature, n’a plus que deux mois à vivre. Des journalistes du monde entier sollicitent des interviews de l’écrivain que sa misanthropie tient reclus depuis des années. Quatre seulement vont le rencontrer, dont il se jouera selon une dialectique où la mauvaise foi et la logique se télescopent. La cinquième lui tiendra tête, il se prendra au jeu. Si ce roman est presque entièrement dialogué, c’est qu’aucune forme ne s’apparente autant à la torture. Les échanges, de simples interviews, virent peu à peu à l’interrogatoire, à un duel sans merci où se dessine alors un homme différent, en proie aux secrets les plus sombres. Dans ce premier roman d’une extraordinaire intensité, Amélie Nothomb manie la cruauté, le cynisme et l’ambiguïté avec un talent accompli.

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5 réflexions au sujet de « Hygiène de l’assassin »

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