L’œil le plus bleu

Ohio, début des années 40. Les marguerites n’ont pas poussé et Pecola a accouché de l’enfant de son père. L’innocence est morte, le bébé aussi. « Il n’y a vraiment rien à ajouter – sauf Pourquoi. Mais comme le Pourquoi est difficile à expliquer, on doit se réfugier dans le Comment. » C’est Claudia MacTeer qui commence à raconter ce Comment. Elle est une petite fille noire de l’Amérique ségrégationniste et rejette l’idée que la peau blanche ou la blondeur des cheveux représentent la beauté et mènent au bonheur. Elle a une petite sœur, Frieda, dont elle est proche. Un jour, les petites filles doivent partager leur quotidien avec Pecola, placée chez elles après l’incendie de sa maison en attendant que sa famille puisse être réunie. Pecola n’a pas la force intérieure de Claudia et Freida. Elle se sent inférieure et rêve d’avoir les yeux bleus, demande à Dieu qu’il lui en donne. Elle est une victime au plus haut point (de racisme, de coups, de moqueries, de harcèlement, de viol).

L’oeil le plus bleu est le premier roman de Toni Morrison. Sa première parution date de 1970. Il est le seul livre pour lequel l’auteure s’est inspirée de sa vie. Au printemps 2017, elle déclare dans le premier numéro de la revue America :

« J’avais une très bonne amie, lorsque j’avais environ huit ans, qui était très noire de peau et absolument ravissante. Un jour, nous nous sommes disputées sur l’existence de Dieu. J’y croyais. Pas elle. « Pourquoi ne crois-tu pas en Dieu ? », lui ai-je demandé ? Elle m’a répondu ceci : « Parce que cela fait deux ans que je prie Dieu pour avoir les yeux bleus et il ne me les a toujours pas donnés. » Cette remarque m’a bouleversée. Trente ans plus tard, c’est devenu mon premier roman. »

Avec ce livre, l’auteur de Tar Baby, Beloved ou Délivrances a voulu montrer le racisme et les conséquences destructrices du racisme qui pousse les gens à se sentir coupable d’avoir une peau noire. Toujours dans le « mook » America et les propos recueillis par François Busnel, le côté actuel de l’ouvrage est relevé : « un peu partout dans le monde des Noirs veulent se faire blanchir la peau ». Pour les thèmes qu’il traite, l’ouvrage a été interdit dans beaucoup de bibliothèques et de lieux d’enseignement. Il est découpé en quatre parties : L’automne, L’hiver, Le printemps, L’été. Les narrateurs sont Claudia et un narrateur externe qui revient notamment sur l’histoire des parents de Pecola. La plume de Toni Morrison y est déjà superbe, mordante et d’une grande audace.

Présentation de l’éditeur :
A Lorain, dans l’Ohio des années 40, deux fillettes noires, grandissent côte à côte. La première déteste les poupées blondes. L’autre idolâtre Shirley Temple et rêve d’avoir les yeux bleus. Mais face à la réalité féroce d’une Amérique Blanche, le rêve de beauté d’une petite fille est un leurre qui ne cède le pas qu’à la folie.


La revue America :

L’oeil le plus bleu fait partie des acquisitions de l’été 2017
et des lectures de juillet 2017


3 réflexions sur “L’œil le plus bleu

  1. Je frissonne rien qu’en lisant votre chronique Pauline !
    Ce sont des thèmes forts qui bouleversent, surtout quand ils sont inspirés d’histoires vécues.
    Belle journée à vous et merci pour cette très belle découverte.

    Aimé par 1 personne

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