Romans français

HHhH

Le 4 juin 1942 se déroule l’attentat contre Reinhard Heydrich, surnommé « le bourreau », « la bête blonde », « l’homme au cœur de fer ». Jan Kubiš et Jozef Gabčík, parachutistes tchécoslovaques missionnés par Londres, se sont placés stratégiquement dans la rue pour intercepter la voiture de ce criminel de guerre et tirer sur ses occupants. Comment sont-ils arrivés là ? Quel a été leur parcours physique et mental jusqu’à ce moment qui signe leur arrêt de mort à eux aussi ? Qui les a aidés ? Et Heydrich, qui est-il, quelles atrocités a t-il commises et comment est-il devenu un des plus hauts cadres du Parti national-socialiste des travailleurs allemands ? De nombreuses archives, des dizaines de livres expliquent cela. Mais comment faire pour transposer ces faits dans un roman ? Comment, sous cette forme, rapporter l’Histoire sans se l’approprier, sans mentir, sans trop en faire ?

HhhH est le premier roman de Laurent Binet, pour lequel il reçut le Prix Goncourt. Dans celui-ci, il s’interroge donc sur la manière de présenter l’histoire qu’il veut raconter, sur le contenu des romans historiques tout en en écrivant un. Car dans ces conditions, quitter la route, interpréter, inventer à outrance est incroyablement facile. Cela plait même aux lecteurs. Ainsi, pendant le récit sur le monstre qu’était Heydrich et sur les deux résistants venus pour l’éliminer, il fait régulièrement des apparitions évoquant ses recherches (nombreuses !), ses réflexions, ses frustrations, ses décisions. Il y a comme trois histoires en une seule dans cet ouvrage comme les lecteurs en rencontrent rarement. Ses interventions et ses courts chapitres qui font penser à des « entrées » donnent des airs de journal intime à son œuvre. Elles rendent aussi Laurent Binet très touchant dans sa démarche. Des références littéraires, cinématographiques qui le nourrissent autant qu’elles l’interrogent parsèment également l’ouvrage. Ce dernier représente un travail de dix années. Il est d’une noirceur infinie mais d’un rayonnement intense également. Il fascine de bout en bout, se dévore. HhhH a été adapté sur les planches. Là, à défaut de ne pouvoir créer une grosse production, l’auteur y avait sa place. Il ne l’a plus dans la version cinématographique néanmoins très réussie de Cédric Jimenez.

Présentation de l’éditeur :
Deux parachutistes tchécoslovaques envoyés par Londres sont chargés d’assassiner Reinhard Heydrich, chef de la Gestapo, chef des services secrets nazis, planificateur de la solution finale, protecteur de Bohème-Moravie, surnommé « le bourreau », « la bête blonde », « l’homme le plus dangereux du IIIe Reich ». Après des mois de préparation, il est finalement abattu dans sa Mercedes. Il s’ensuit une folle traque qui se termine dans une église du centre de Prague. HHhH est un acronyme inventé par les SS qui signifie en allemand : « le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich » (Himmlers Hirn heisst Heydrich). L’essentiel de l’histoire se situe entre 1938 et 1942. Le récit est structuré comme un entonnoir : des chapitres courts relatent différents épisodes en divers lieux et à diverses époques, qui tous convergent vers Prague où s’est déroulé l’attentat. Tous les personnages de ce livre ont réellement existé ou existent encore. L’auteur a rapporté les faits le plus fidèlement possible mais a dû résister à la tentation de romancer. Comment raconter l’Histoire ? Cette question conduit parfois l’auteur à se mettre en scène pour rendre compte de ses conditions d’écriture, de ses recherches, de ses hésitations. La vérité historique se révèle à la fois une obession névrotique et une quête sans fin.

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10 réflexions au sujet de « HHhH »

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