La goûteuse d’Hitler

1942. Rosa habite Gross Partsch avec ses beaux-parents depuis qu’elle a fui Berlin et ses bombardements. Ils se trouvent à quelques kilomètres de la résidence d’Hitler appelée « la tanière du loup ». Rosa a parfois des nouvelles de Gregor, son mari. Celui-ci est au front et ne croit plus en grand-chose. Un jour, Rosa est choisie avec d’autres femmes pour goûter les plats du führer. L’emploi est réservé à des Allemandes et elle ne peut pas le refuser. N’importe quelle bouchée qui la nourrit en ces temps difficiles pourrait désormais également être la dernière. 

Si leurs relations sont tout d’abord un peu froides, Rosa, Elfriede, Leni et les autres femmes prisent sans ce drôle de piège tissent finalement des liens et s’entraident. Il y a aussi le lieutenant Ziegler qui attend dehors, devant la fenêtre de Rosa toutes les nuits.

La goûteuse d’Hitler est un succès en librairie. Les premiers chapitres font comprendre pourquoi. Le sujet rend curieux ; Rosa est un personnage que l’autrice met sur un drôle de fil, elle fait son devoir mais se sent coupable ; et la mécanique des mots fonctionne, il faut continuer.

Malheureusement, l’idée de départ s’essouffle très vite
et l’intrigue tourne en rond, ou est invraisemblable.
Elle contient aussi des événements que le lecteur redoute.


Spoilers :
la femme dont l’époux est à la guerre tombe enceinte,
les nuits dans le foin avec le soldat nazi ou l’inévitable
et en plus accidentel empoisonnement.

Il y a certes des passages prenants et pleins de promesses, mais les bonnes ficelles ne sont pas tirées et le lecteur se demande à plusieurs reprises quel est l’intérêt du livre qu’il est en train de lire. Dans tous les cas, il n’est pas historique. Et s’il est censé être un beau portrait de femme, dans quelle branche de l’édition ? 

Une autre chose tend à le mettre très mal à l’aise face à cette lecture : il est dit sur la quatrième de couverture, dans les remerciements de Postorino et dans tous les arguments de vente que ce roman est inspiré de l’histoire de Margot Wölk, goûteuse d’Hitler. Celle-ci n’a parlé de ce qu’elle avait qualifié des pires années de son existence que quelque temps avant de mourir, en 2014. En rien les horreurs qu’elle a subies ne doivent être mises en parallèle ou comparées avec ce que Rosa vit dans ce roman ! Surtout avec ses allures de romance et ses éléments auxquels il est difficile de croire en dehors d’une fiction de divertissement. Gênant et exaspérant ! 

Présentation de l’éditeur :
1943. Reclus dans son quartier général en Prusse orientale, terrorisé à l’idée que l’on attente à sa vie, Hitler a fait recruter des goûteuses. Parmi elles, Rosa. Quand les S.S. lui ordonnent de porter une cuillerée à sa bouche, Rosa s’exécute, la peur au ventre : chaque bouchée est peut-être la dernière. Mais elle doit affronter une autre guerre entre les murs de ce réfectoire : considérée comme « l’étrangère », Rosa, qui vient de Berlin, est en butte à l’hostilité de ses compagnes, dont Elfriede, personnalité aussi charismatique qu’autoritaire. Pourtant, la réalité est la même pour toutes : consentir à leur rôle, c’est à la fois vouloir survivre et accepter l’idée de mourir.


5 réflexions sur “La goûteuse d’Hitler

  1. Tu es rarement aussi catégorique !
    C’était un livre qui me tentait, mais tu m’as un peu refroidi…
    Un beau succès pourtant, mais bon, quand un livre est lancé, tout le monde se précipite pour l’acheter tandis que d’autres, peut-être bien meilleurs, restent inconnus…

    Aimé par 1 personne

    1. Je savais que tu dirais quelque chose comme ça Philippe. Je me suis aussi dit que je ne « démontais » jamais les livres comme ça. Mais là, je n’ai pas pu m’en empêcher. J’ai été extrêmement déçue. Pas tant par la qualité du livre (je lis beaucoup de choses et il en faut pour tout le monde) en lui-même, mais dans le lien qu’il a avec l’Histoire et Margot Wölk. Je n’ai pas osé dire « honteux », mais cela m’a vraiment touchée.

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  2. Je comprends votre indignation Pauline, pourtant le titre et le résumé me donnaient envie…
    Quel dommage d’avoir romancé et déformé une histoire vraie :/

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